bonne année

En ce premier janvier j'aurai pu vous parler de l'origine des étrennes mais je préfère vous raconter mes étrennes. Celles que je recevais quand j'étais une petite fille qui allait présenter ces vœux à ses grands-parents ....

J'ai eu cette chance, avec mes sœurs, de vivre près de mes grands-parents paternels. Pour me rendre chez eux, je traversais simplement le jardin, frappais à la porte et entrais. C'était tout ! Magique !

Nous sommes le premier janvier, et comme le veut la tradition je dois présenter mes vœux pour la nouvelle année. Je traversais donc le jardin, frappais et entrais... J'embrassais ma grand-mère en premier, lui souhaitant une bonne et heureuse année. J'aimais sentir l'odeur de la poudre de riz quand je posais un baiser sur sa joue. Ensuite, c'était à mon grand-père, un homme tendre, généreux, joyeux. Il chantait souvent - des chansons en breton - je ne comprenais pas les paroles, et certains auraient dit tant mieux, car d'après mes souvenirs d'enfant, elles étaient plutôt d'un genre paillard....

Mais cela n'empêche, je me revois comme si c'était hier, du haut de mes six ou sept ans, lui présenter mes vœux. J'étais fière, respectueuse de lui souhaiter une bonne et heureuse année - remplie de joie et de bonheur - et surtout une bonne santé. Car la santé c'est important !

Alors il ouvrait le tiroir du petit meuble où il rangeait ses trésors. Meuble sur lequel, je le revois : accoudé pour écouter sa radio, son vieux poste TSF... Je me tenais debout à ses côtés, bien droite, attentive. De son tiroir il sortait un petit tube... Le petit tube vert de ce précieux médicament contre le mal de tête.... Il me prenait la main et y mettait cet objet cylindrique tout en me souhaitant aussi une belle et heureuse année.

Dans ce petit tube, mon grand-père avait roulé précieusement un petit billet. Un billet de dix francs. Une fortune !! Quelle joie !! Quelle richesse !! Bien entendu je le remerciais, l'embrassais tendrement et par-dessus tout je m'essayais sur ses genoux et posais ma tête sur sa poitrine pour faire un câlin avec lui !

Des petits tubes verts comme ça il y en avait quatre. Trois pour mes sœurs et moi et un pour notre cousine.

Il arrive parfois, quand nous nous retrouvons en famille, qu'un petit tube de médicament vide soit prêt à être jeté, et alors souvent nous nous égarons dans nos souvenirs. Nous repensons à ces instants, nous sourions. Cela peut paraître un peu désuet de s'émouvoir devant un tube d'aspirine, mais il y avait tant de générosité et de malice dans le regard de mon grand-père alors qu'il ouvrait son tiroir et nous offrait ce précieux tube......

C'était sa "tradition" pour nos étrennes... sa façon à lui de nous gâter...