Paysage hivernal - Anonyme XVIIIè - Milan

Nous sommes en hiver,  janvier est réputé être le mois le plus froid avec février ! Alors quand j'entends les présentateurs "météo", les journalistes qui annoncent des températures glaciales, je souris !  Bien sûr des températures négatives doublées d'une petite bise ce n'est pas très agréable et "ça pique".

Alors comment ces journalistes – s'ils avaient été présents  – auraient-ils commenté le "Grand hyver de 1709" ? Période qui s'étendit de la fin de 1708 jusqu'au printemps 1710 et qui mis à rude épreuve la population déjà bien marquée par la famine qui a sévit entre 1693 et 1694.

C'est dans la nuit du 5 au 6 janvier 1709 qu'un froid exceptionnel s'abat brutalement sur le royaume et sévit en vagues successives. A Paris, entre le 6 et le 22 janvier, le thermomètre se maintient entre -16° et -20°. Le froid s'abat sur toute la France le 7 janvier, -25° sur la Beauce pour atteindre la région bordelaise où le mercure affichera -18° pendant environ deux mois.

Dans son livre "Les années de misère" Marcel LACHIVER  écrit : […] L'hiver qu'on croyait terminé va éclater dans toute sa rigueur. Louis MORIN1, de sa retraite de l'abbaye de Saint-Victor, note depuis quelques jours que le temps doux est apporté par des vents du secteur sud-ouest ; le 5 janvier, il relève que le vent commence à tourner et il consigne : vent de ouest-nord-ouest ; le matin du 6, c'est un dimanche, il relève -3,1° et remarque que, dans la nuit, les vents ont tourné au nord-est.

D'autres observateurs remarquent cette brutale baisse de température. Les curés, dans leurs registres paroissiaux, notent cet assaut du froid dans la nuit des Rois, la nuit du 5 au 6 ; les bourgeois consignent le fait dans leurs livres de raison. Le retournement est brutal et plusieurs dizaines de témoins prennent même la peine d'indiquer l'heure à laquelle la température a commencé à baisser. La vague de froid, issue d'un anticyclone qui vient de se former sur l'Europe du Nord, se rue à l'assaut de la France à partir de la frontière septentrionale ; en vingt-quatre heures […]

[…] Depuis le 3 janvier, il pleut sur presque toute la France. Les passants attardés de la région du nord notent que dans la soirée du 5 la pluie se transforme brutalement en neige et qu'un vent cuisant commence à souffler ; les sols, détrempés par la pluie, les chemins bourbeux se figent rapidement et, en moins de trois heures de temps, la terre se met "à porter", entendons par là qu'on ne s'y enfonce plus en marchant car le gel prend brusquement. […].2

Dans les mois qui suivirent des températures glaciales et des redoux vont se succéder et auront pour effet de faire pourrir les récoltes. Une nouvelle disette doublée d'épidémies sans précédent eurent raison de la population. Les plus faibles et les enfants ne survivaient pas. Les curés, relatèrent avec plus ou moins d'intensité ces dramatiques évènements. A mes tous débuts de généalogiste amateur, je me souviens avoir lu que ces pauvres miséreux en arrivaient à brouter l'herbe pour se nourrir, que le temps était si glacial que les branches des arbres se brisaient comme du verre, que pour se chauffer certains brûlaient le peu de mobilier en leur possession. Je n'ai malheureusement pas noté les côtes de ces registres ; erreur de jeunesse !

Vicq, canton de Montfort-l'Amaury, Yvelines 3

"Au mois de janvier de la présente année 1709 arriva une si grande gelée que tous les bleds et les arbres furent gelés, tous les espaliers perdus, tous les chateiniers et noyers les plus gros moururent, beaucoup d'hommes eurent les pieds ou les mains gelés, qui se dépouillaient comme s'ils avaient bouilli dans l'eau […]"

Ce froid polaire toucha tout le monde, Versailles ne fut pas épargné, la Cour grelotte, le vin gèle, le Roi ne sort plus et même le mauvais pain fait son apparition à la Cour…

Aujourd'hui, bien à l'abri dans nos maisons super-isolées, équipées du chauffage au gaz, électrique et parfois doublées par des poêles à bois, me font penser que nous sommes quand même bien chanceux. Nos congélateurs sont approvisionnés, nos étagères également. Malheureusement encore aujourd'hui, il y a encore des démunis qui vivent dehors. En ces périodes de grands froids, les municipalités ouvrent leurs gymnases, les centres d'hébergement s'organisent et la solidarité est là.

La France a connu la grande famine de 1693-1694 suivie du terrible hiver de 1709 et de l'épidémie de dysenterie de 1719. Au total ces trois catastrophes ont coûté la vie à environ deux millions de personnes.

 

1 Louis MORIN  1635 - 1715 - Membre de l'Académie Royale des Sciences – Botaniste et Docteur en médecine.

2 Les années de misère – Chapitre III - Le grand hiver – La nuit des Rois - Extrait. p 272 et 273.

3 Les années de misère – L'hiver 1709 et ses suites – Extrait. p 507 et 508.

Référence bibliographique : Les années de misère - La famine au temps du Grand Roi - Marcel LACHIVER.