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Une exposition "Tous à la plage" se tient à la Cité de l'architecture & du Patrimoine au  Palais de Chaillot depuis le 19 octobre dernier et se termine très bientôt, le 12 février. À travers cet article, je vais vous faire visiter une partie de cette très intéressante exposition qui témoigne des débuts des grandes villes balnéaires de France et d'Europe !

Pendant des siècles, les bords de mer étaient réservés aux pêcheurs ou aux pilleurs de bateaux naufragés. Ce n'était pas un lieu de plaisir, personne n'aurait imaginé déplier une serviette de plage, s'y allonger avant d'aller "piquer une tête" dans cette grande baignoire qu'est la mer ! D'autant que beaucoup ne savait peu ou pas nager.

Si la pratique du bain est connue depuis l'antiquité, celle des bains de mer est très récente. A l'origine, la baignade se faisait sur prescription médicale. Son usage curatif est attesté dès le XIVème siècle comme par exemple les personnes mordues par un animal enragé qui sont soignées par cautérisation de la plaie au fer rouge et suivie de bains de mer.

La mode des bains de mer naît en Angleterre à la fin du XVIIème siècle, les baignades se font sur prescription médicale, et prend son essor au XVIIIème siècle le long des littoraux anglais et gallois. Avec la révolution industrielle, les médecins soulagent leurs patients de la dégradation sanitaire qui en découle en préconisant des séjours en sanatoriums.

Dès 1730, le modèle de la station balnéaire anglaise se diffuse dans toute l'Europe. Sa vocation thérapeutique touche les couches aisées de la société. Ces premières "stations balnéaires" prennent leur essor près des villes portuaires.

Le docteur Charles RUSSELL publie en 1753 un traité sur "Les effets des bains de mer sur les glandes", conseillant de boire de l'eau de mer et de s'y baigner pour raisons médicales et aussi…religieuses.

Les médecins du roi Georges III d'Angleterre, inquiets pour sa santé mentale, lui prescrivent des bains de mer à Brighton. Dès 1783, son fils, le Prince de Galles, futur Georges IV, convaincu de cette méthode se rend à Brighton pour soutenir et encourager l'ouverture du premier établissement de bains de l'histoire ; il y soigne aussi sa goutte, et sa présence régulière dans cette station en assure son développement.

La vogue des bains de mer à but thérapeutique atteint la France à la fin du XVIIIème siècle. En 1785, le plus ancien établissement français de bains de mer chauds ouvre ses portes à Boulogne-sur-Mer.

C'est en 1812, qu'un petit établissement de bains est créé à Dieppe. De l'autre côté de la Manche, la station de Brighton brille déjà de mille feux, on peut y prendre des bains dans des baignoires remplies d'eau de mer, réchauffée ou non, les gens séjournent dans des établissements luxueux, ou du moins confortables. Dieppe, déjà populaire, ne dispose que d'une cabane en bois et de vieilles baignoires, et souffre du contraste avec sa rivale. Le maire fait donc construire un établissement de bains digne de ce nom qui ouvre en 1822. Devant le bâtiment, des pontons de bois mènent directement à la mer, des tentes décorées servent de vestiaires. Une innovation : le bain dit "à la lame", est une pratique plus directe c’est-à-dire se mettre dans la mer. En 1820, après l'assassinat de son mari, la santé de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile duchesse de Berry s'altére. Aucun remède n'est efficace, ses médecins lui conseillent une nouvelle thérapie : les bains "à la lame". Il semble qu'elle en tire de larges bénéfices puisqu'elle séjourne à Dieppe tous les étés de 1824 à 1829. La duchesse participe activement à la vie locale. Séduite par l'établissement, sa présence contribue autant à le lancer qu'à diffuser la pratique des bains de mer.

D'autres stations balnéaires naissent : Le Croisic, en 1819, accueillent ses premiers visiteurs, en 1827 c'est au tour de La Rochelle, puis Cherbourg en 1829… Pour ces premiers bains de mer, des voitures hippomobiles, amenées directement sur la plage, permettent de se changer à l'abri des regards et de s'immerger dans la mer avec l'aide d'un maître-nageur.

Au cours du XIXème siècle avec le développement du réseau ferroviaire, les stations balnéaires fleurissent et deviennent les lieux à fréquenter. Des trains spéciaux, rapides et luxueux, traversent l'Europe et rejoignent ces destinations réputées. Il ne s'agit plus seulement d'établissement de bains : tout un complexe se développe autour de ses villes. Il faut divertir cette clientèle aisée. Des hôtels luxueux naissent, des casinos se développent... Les trois mots clés : bains, hôtel, casino.

De grandes villes telles Nice, Biarritz, Deauville, Arcachon… s'organisent autour de ces trois activités, le schéma est le même partout. La ville d'hiver d'Arcachon, imaginée par les frères Pereire, amène une clientèle aisée qui vient se prémunir de l'hiver. La promenade est une activité sociale, contempler la mer, voir et être vu est essentiel, Deauville se pare de ses planches, Nice connaît sa promenade des Anglais etc.

À cause de la Première Guerre mondiale leur fréquentation baisse, après la crise de 1929, c'est le déclin. L'instauration des congés payés de 1936 lance un autre projet : l'accès à la mer pour le plus grand nombre. Entre les années 1938 et 1973, les conditions seront réunies pour changer complétement la vision du bain de mer. Il ne sera plus thérapeutique mais plutôt bronzage et loisirs. L'aménagement du littoral dans les années 60-70, et les nouvelles infrastructures routières, font naître des "villes nouvelles", La Grande Motte, Le Cap-d'Agde, Gruissan etc… Mais c'est une autre histoire…

Merci à notre conférencière pour le partage de ses notes !