Avant de m'intéresser à la généalogie, je ne m'étais  pas posé beaucoup de questions. Ma famille ? Je  la côtoyais tous les jours, régulièrement, même celle géographiquement éloignée ! Je peux dire que : "Dans la famille nous sommes très famille"… Alors pourquoi ne me suis-je pas préoccupée plus tôt de mes aïeux ?

Nous sommes très famille, mais nous ne posons pas de question ! Etrange !... Mais je pense que c'était une époque, une éducation, on ne parlait pas du passé, celui-ci étant passé ! Logique.

Alors, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que mon arrière-grand-père Émile Lucien, le père de ma grand-mère Marcelle, encore elle…, était mort au cours de la Première Guerre Mondiale !

Mort pour la France le 15 mai 1915 à Bully-Grenay aujourd'hui Bully-les-Mines (62). Il a reçu, comme beaucoup, la Croix de Guerre avec une étoile et une citation à son égard publiée au Journal Officiel le 19 octobre 1919 pour "… Avoir servi en brave et excellent soldat…".

Émile Lucien est Mort pour la France, il laisse derrière lui sa femme et ses trois filles, respectivement âgées de 7, 5 et 3 ans. Elles deviennent pupilles de la Nation. 

CI Pupille de la Nation

L'institution des pupilles de la Nation a été créée, à la fin de la Première Guerre mondiale, par la loi du 27 juillet 1917. Son but était d'apporter une protection morale et matérielle, jusqu’à leur majorité, aux nombreux orphelins de guerre et enfants de mutilés ou d'invalides.

Cette loi par son article premier, adopte les orphelins de guerre. " La France adopte les orphelins dont le père, ou le soutien de famille a été tué à l'ennemi, ou dont le père, la mère ou le soutien de famille est mort de blessures ou de maladies contractées ou aggravées du fait de la guerre…"

La Nation s'engage à subvenir aux besoins de l'orphelin. "Les enfants ainsi adoptés ont droit à la protection, au soutien matériel et moral de l'Etat pour leur éducation, dans les conditions et limites prévues par la présente loi, et ce jusqu'à l'accomplissement de leur majorité."

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J'ai recherché le jugement rendu par la Tribunal Civil de la Seine en date du 12 novembre 1919 concernant ma grand-mère et ses deux sœurs. Nous connaissons l'horreur de cette guerre et les nombreux morts qu'elle a engendrés. En feuilletant le registre, j'ai compté pour la seule journée du 12 novembre 1919 mille trois jugements rendus, sachant que pour chaque jugement il peut y avoir un ou plusieurs enfants adoptés en tant que Pupilles de la Nation, ce chiffre exorbitant montre une fois de plus la monstruosité de cette guerre. Seuls trois jugements seront défavorables à l'adoption.

Je ne savais pas, je n'ai pas posé de question à ma grand-mère. Aurait-elle répondu ? Quel souvenir avait-elle de son père ? J'ai cherché dans nos photos de famille, celles dont j'ai hérité de mes grands-parents, s'il existait une photographie d'Émile Lucien… Rien. Je pense qu'elle m'aurait répondu : "Le passé c'est le passé… Laissons-le au passé. Il n'y a rien à dire."….