Me voilà en cette belle matinée de juillet, installée sur la plage des Sables d'Olonne (Vendée), avec à mes côtés deux petits bouts âgés de vingt-un-mois. Moi, leur Mamie, je les tiens par la main et nous nous approchons de la mer… Le regard un peu lointain, mais attentif à ces deux petits Loups, je repense, non sans une certaine nostalgie, à l'époque où c'était moi qui donnais à la main à ma grand-mère…

© - Photographie personnelle - Plage du Ris

Un bond en arrière et je suis la plage du Ris, à Douarnenez (Finistère), sous le regard vigilant de mes grands-parents. En repensant à cette époque, déjà un peu trop lointaine, je me rends compte de la chance que nous avions mes sœurs et moi… De nos jours, pratiquement, tout le monde prend quelques jours de congés, profite d'un week-end prolongé pour rejoindre leurs familles ou leurs amis et faire un peu de farniente. Lorsque j'étais petite fille, j'ai eu cette chance, celle de partir durant les deux mois des vacances scolaires.

Juillet, premier mois de vacances, se déroulait en Normandie, précisément à Deauville (Calvados), non pas dans ce beau palace proche de la plage, mais dans un terrain de camping sur les hauteurs de la ville. Je partais durant un mois avec mon parrain et ma marraine en compagnie de mes cousins. A l'époque nous n'étions que trois, Philippe, Valérie et moi, à profiter pleinement de ces instants. Corinne, la petite dernière, était encore un bébé. Voilà la vraie vie ! Ce pourquoi je vivais durant la période scolaire : être avec mes cousins !!

Mon parrain, professeur d'éducation physique, travaillait durant ce mois dans un club d'enfants et nous avions la chance d'y être inscrits. Je dis chance car en repensant à cette époque, je réalise que nombre d'enfants n'étaient pas aussi favorisés. Tous ne bénéficiaient pas de deux mois de villégiature, certains ne partaient pas, d'autres étaient en colonies de vacances organisées par le centre d'action sociale de la ville attendant que leurs parents puissent prendre leurs congés.

Le mois d'août, traditionnellement se passait en Bretagne. Nous retrouvions mes parents et grands-parents à Douarnenez. Mon grand-père, originaire de Tréboul, petite commune

© Photographie personnelle - Douarnenez 1960

proche de Douarnenez, y avait encore de la famille. Nous campions également. J'ai toujours entendu mes parents dirent que les vacances devaient être économiques. Nous "vivions" à l'heure des marées : pêche, cueillette de coquillages, bigorneaux, chasse aux crabes. Armés de notre haveneau, épuisette à crevettes, nous ratissions les petites mares qui se formaient à marée basse et nous rangions notre trésor de pêche dans nos paniers… Nous étions aussi armés de pelles qui nous servaient à la recherche de petits vers nous permettant de pêcher sur la digue. J'ai encore ma canne à pêche ! Toute en bambou et démontable. C'est mon grand-père qui me préparait la ligne, flotteur, poids et hameçon piqué dans un bouchon en liège…

Ces vacances étaient aussi des instants privilégiés de liberté. Avec mes cousins, nous inventions des histoires, des jeux, nous super héros, à qui rien ne résistait ! Nos journées commençaient sitôt le petit-déjeuner avalé. Tout juste lavés et peignés nous partions conquérir… le terrain de camping ! Notre mission : aller chez la fermière acheter le lait et revenir avec la timbale pleine, la faire tourner suffisamment vite pour ne pas la renverser… Autant vous dire que nous avons dû puiser quelques fois dans nos petites économies…

Je reviens à la réalité, mes souvenirs s'estompent… Mes petits me demandent de l'attention. Mon esprit vagabondera de nouveau quand un après-midi nous irons les promener dans le petit bois de pins proche de la plage de Tanchet au Château d'Olonne (Vendée)… Je repars en Bretagne, je repense à ces journées, la pêche matin ou après-midi, le pique-nique dans les bois du Pénity, où nous allions régulièrement. Nous jouions à la pétanque, escaladions les arbres, ramassions des pommes de pin, tressions les épines de ces mêmes pins… Un rien nous occupait et quand la fatigue se faisait sentir c'était les jeux de cartes,  la lecture, le canevas… Le temps passait vite et je n'ai pas souvenir d'avoir subi l'ennui ! Au contraire nous vivions ces instants avec intensité.

© - Photographie personnelle

J'ai eu cette chance de connaître ces jours heureux et merveilleux dès mon plus jeune âge. J'ai commencé à camper à l'âge d'un an. Quelques clichés noir et blanc me permettent de connaître ces premiers moments. Nombreux sont les souvenirs de cette "époque formidable", souvenirs certainement embellis par la mémoire. J'ai connu le délice de ces vacances jusqu'à l'âge de onze ans. A cette époque, pour des raisons qui sont restées obscures très longtemps, mes parents et mes parrain et marraine ont cessé de partir ensemble… Pourquoi ? Avec le temps je pense pouvoir dire que la différence d'âges de leurs enfants respectifs pouvait être un obstacle dans les activités ou est-ce simplement une décision personnelle des parties ?  Mystère…  Mais j'ai vécu cette rupture comme un abandon ! J'ai pensé être responsable, je me suis sentie punie… Pour quelle raison me privait-on de ce bonheur ? De mes cousins, ceux que je considérais comme mes frère et sœurs… D'une année à l'autre ils ont disparu… et j'ai connu moi aussi les colonies de vacances !

Il m'est arrivé parfois de penser que mes enfants n'ont pas eu cette chance, cette liberté, ces instants magiques qu'étaient "mes" vacances, les temps ont changé, le mode de villégiature aussi… Il ne faut pas vouloir remonter le temps, nous ne pouvons comparer que ce qui est comparable… A chaque époque son mode de vie… Quand ils se remémorent leurs vacances, aussi en compagnie de leurs cousins et cousines, leurs souvenirs semblent ressembler aux miens… La boucle serait-elle bouclée ? Ces relations "familiales" semblent perdurer et se transmettre de générations en générations…