Tous les ans, à la même époque, mon mari participe à un congrès et les épouses sont invitées… Pendant que ces Messieurs travaillent, les Dames visitent… Les années passées, le congrès débutait le vendredi après-midi et se poursuivait le samedi toute la journée laissant deux demi-journées de découvertes pour les accompagnantes. Cette année, le temps de travail et de loisirs est identique mais légèrement décalé d'une journée puisque le congrès a débuté le jeudi. Notre route : Clermont-Ferrand ! 

Nous avons eu des destinations plus attractives, Strasbourg, Lille, Toulouse, Biarritz, Bordeaux… mais Clermont-Ferrand … Que nous réserve ce lieu ? Notre première visite est

Puy de Dôme - Clermont-Ferrand

consacrée au Puy de Dôme, point culminant à 1465 mètres laissant découvrir un magnifique paysage sur la chaîne des Puys. Pour y accéder vous pouvez emprunter le sentier des Muletiers, long de deux kilomètres avec un dénivelé de 387 mètres soit environ 19 % de pente ! Alors courage ! Ce sentier vous emmène jusqu'au pied du temple de Mercure, édifice érigé par les Gallo-Romains au Ier ou IIème siècle. Une reconstitution d'un pan de mur a été réalisée afin de montrer au visiteur l'ampleur du bâtiment. Vous pourrez également emprunter le sentier des Chèvres ou le train électrique à crémaillère. Ils vous emmèneront, tous deux,  à son sommet. Le Puy de Dôme fait partie des grands sites de France et a obtenu le label "Grand site de France" en 2008. Le panorama est époustouflant, une vision à 360° permet de découvrir le parc naturel des volcans d'Auvergne, dévoilant les monts Dore, les monts du Cantal. Une vue sur l'agglomération de Clermont-Ferrand ainsi que sur les monts du Forez dans sa partie est, le Limousin, les Combrailles et le plateau des Millevaches à l'ouest, au nord et nord-est c'est le Berry qui se laisse apercevoir.

Un laboratoire permanent de montagne a été installé en 1876, aujourd'hui il se substitue à une station d'étude météorologique. Si vous souhaitez découvrir ce lieu, pensez à vous munir de vêtements chauds. À notre départ de Clermont-Ferrand, le mercure affichait 18° et sans le moindre vent… Nous sommes accueillies au sommet par une température de 4° et un vent glacial avec des rafales à 70km/heure !

Temple de Mercure

Notre découverte de la région se poursuit, le vendredi matin, par trois visites au choix : le "Clermont gourmand" - visite de son centre historique et dégustation de fromages, de pâtes de fruits ou fruits confits spécialités de la ville -, l'"Aventure Michelin" - parcours de l'épopée Michelin de la manufacture au "Bibendum Michelin", cartes guides… -, et le "Montferrand", ville médiévale et sa visite du musée d'art ROGER-QUILLIOT ou "MARQ". Le mot "médiéval" a attiré toute mon attention et quelle belle surprise ! Une visite guidée avec une conférencière à la pointe de son sujet et surtout passionnée et passionnante !

Montferrand cité comtale, Clermont cité épiscopale. Ces deux entités grandissent parallèlement. Montferrand, sous la coupe des comtes d'Auvergne, se développe à partir du XIIème siècle à quatre kilomètres de la cité épiscopale. Elle est bâtie selon un plan orthogonal inspiré des bastides du sud-ouest de la France. La ville a conservé au long des siècles ce plan et s'est enrichie de remarquables hôtels particuliers.

L'histoire débute par la construction de la ville par les comtes d'Auvergne : ils y élèvent un château-fort qui constitue une base d'attaque sur Clermont, ville qu'ils veulent s'approprier. Mais leur plan échoue. L'assaut tourne court. L'évêque fait appel à Louis VI Le Gros, roi de France, son suzerain. Bien que le Duc d'Aquitaine, suzerain du comte, vienne en renfort, la situation est gelée et les protagonistes préfèrent traiter que de s'engager dans une guerre incertaine et difficile. L'évêque garde sa ville de Clermont et les comtes d'Auvergne prennent Montferrand.

Traité ou pas, combat ou non, la tour de Montferrand et son enceinte n'ont pas été pris par la garde royale. La réputation de Montferrand, place imprenable, se répand et attire les marchands, la ville se situant au carrefour des grandes voies de communication et de commerce. Les comtes s'installent,  la prospérité de Montferrand débute. Bien que son enceinte et ses fossés lui concèdent un aspect militaire, le château est surtout un moyen de défendre les richesses de la ville induites par les foires, l'affluence des biens et des personnes attirés par le développement de Montferrand. À la suite de troubles et des rivalités entre le roi de France et le roi d'Angleterre ainsi que de certaines prises de position des comtes d'Auvergne, ces territoires sont confisqués et annexés au domaine royal. Les comtes abandonnent donc Montferrand.

Sceau de la Comtesse G

C'est la comtesse douairière "G" (G car son prénom n'est mentionné dans aucun document connu à ce jour) dite comtesse Brayère qui relance l'économie de Montferrand. Elle promulgue une charte de franchises "donnant la ville à tous les hommes et à toutes les femmes qui prendront maison et y résideront", et instituant un corps de Consuls élus par les habitants et chargés de la gestion et de la police. La ville prospère, différentes foires et marchés enrichissent les marchands. Les richesses se créent et attirent la puissance. Un grenier à sel, voit le jour, ainsi qu'un atelier monétaire… Les nobles se font construire de beaux hôtels particuliers et une Cour des Aides est créée, c'est la plus haute juridiction civile et criminelle ne relevant que du Parlement de Paris ! Mais le développement de la ville entraîne de la jalousie et empêche certaines cités environnantes de se développer, telle que Riom et surtout Clermont située beaucoup trop près ! Après beaucoup de tractations, en 1630, sous le règne de Louis XIII, un premier édit nommé Édit de Troyes réunit les deux villes et transfert la Cour des Aides à Clermont. Un autre édit, signé en 1731, confirme celui de 1630. Le déclin est assuré, Montferrand désertée par les riches et les nobles, devient un village de vignerons et d'agriculteurs.

Clermont et Montferrand ne font qu'une et devient Clermont-Ferrand. Mais ces deux villes bien que réunit sont deux entités à part entière. Clermont à son hôtel de ville et Montferrand sa mairie. Il y a des Clermontois et des Montferrandais mais pas de Clermont-ferrandais….

Samedi est une journée consacrée à de nouvelles découvertes, les Journées Européennes du Parimoine ou JEP permettant d'ouvrir la porte de nouveaux lieux. Certains, seulement et uniquement à cette l'occasion, nous permettent de profiter de visites guidées, encore faut-il s'y prendre à l'avance car nombres sont celles qui sont déjà complètes. Il reste alors quelques opportunités de visites sans réservation s'étalant d'heure en heure. La visite de la cathédrale gothique Sainte-Marie de l'Assomption, place de la Victoire à Clermont, me laisse un mauvais souvenir, une petite chute qui occasionne une petite entorse… Alors mon envie de gravir les 250 marches de la tour Bayette tombe à l'eau ! J'aurai bien aimé, pourtant, admirer le point de vue sur la ville qui, paraît-il, est le plus beau !! Il me reste le tour de la cathédrale érigée en pierres volcaniques de Volvic qui lui confèrent un aspect stricte mais au combien majestueux ! Les deux flèches de quatre-vingt-dix mètres de hauteur sont signées par l'architecte VIOLLET-LE-DUC !

20170916_110935

Notre tour de la ville de Clermont continue par la  visite "à ne pas rater" : la basilique de Notre-Dame du-Port, chef d'œuvre de l'art roman. Là aussi nouvelle désillusion, la visite a commencé il y a trente minutes, la prochaine est à 17 heures ou le lendemain… nous serons sur la route du retour. Nous réalisons donc la visite sans guide. Inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre des chemins de Compostelle, la basilique se cache dans l'ancien quartier du Portus, signifiant en latin l'entrepôt, rappelant l'activité marchande de la ville. La restauration de la basilique a permis de mettre en lumière sa blondeur, blondeur due à l'arkose, grès originaire de la région.

L'après-midi nous avons pu participer à la visite de l'hôtel de ville. Magnifique bâtiment de style néo-classique, lui aussi en pierres volcaniques de Volvic, augmentant, par sa couleur grise, voire noire en fonction de l'exposition à la lumière, son imposante architecture. L'actuel hôtel de ville est construit sur l'ancien hôtel de Boulogne donné aux habitants de Clermont par Catherine de Médicis1, fille de  Madeleine de la Tour d'Auvergne. Cet hôtel de Boulogne, devenu trop vétuste, est rasé et un nouveau bâtiment voit le jour entre 1824 et 1844.

Hôtel de Ville - Clermont-Ferrand

C'est l'architecte Louis-François LEDRU qui dessine les plans d'un bâtiment trois-en-un : "hôtel de ville–tribunal–prison". Tous les pouvoirs sont réunis au même endroit. Nous sommes accueillis dans l'atrium, cour intérieure rappelant le style néo-classique de l'époque ; l'emploi de l'ordre ionique2 rappelle la sobriété des lieux. La cour est entourée d'un péristyle avec des piliers classiques et des arcs en plein cintre.  Au rez-de-chaussée, deux salles se font face alors qu'un escalier central se partage en deux et nous permet d'accéder  à la salle des "Pas perdus", la partie du tribunal se trouve au premier étage. C'est dans ce tribunal que deux procès célèbrent se tiennent, celui de Jean ZAY, le 4 octobre 1940, alors ministre de l'Éducation Nationale et des Beaux-Arts, et celui de Pierre MENDES-FRANCE, sous-secrétaire d'état, le 9 mai 1941. Tous deux sont condamnés pour haute trahison dans la salle Jean DOMAT.

  

Atrium de l'Hôtel de Ville

En 1992, le tribunal déménage et la ville rachète l'ensemble des bâtiments. La salle Jean DOMAT est alors transformée en salle des mariages. Redécorée par l'artiste SLOBO, spécialisé dans les décors en trompe l'œil. Les fenêtres de cette salle donnent directement sur l'enceinte de la prison : barbelés, filets au-dessus des toits… La prison est désaffectée depuis deux ans, des pourparlers sont en cours pour  connaître le devenir de ces bâtiments.

Ne chercher pas la place de la Mairie... Il n'y en a pas. Face à cet hôtel de ville trois-en-un se trouvent de beaux hôtels particuliers. Ils appartenaient aux magistrats qui officiaient dans ce bâtiment,. Résider en face de son lieu de travail quelle aubaine.... Alors ils ne furent pas détruits comme prévu initialement.

Il reste à vous parler du Musée d'art ROGER-QUILLIOT qui se situe à Montferrand et où les expositions ont pris place dans un ancien couvent des Ursulines du XVIIème siècle qui a été remanié pour l'occasion. Les architectes ont su conjuguer harmonieusement l'ancienne architecture et la modernité des matériaux.  Près de deux milles œuvres, allant du Moyen-Âge au XXème siècle,  y sont exposées dans une superficie de 6000 m2. Ce musée accueille aussi des expositions temporaires telles que la dernière qui s'y s'est déroulée jusqu'au 3 septembre intitulée de "David à Courbet", soixante-dix ans de chefs d'œuvres du XIXème siècle y ont été présentés.

J'espère, à travers mon récit, vous avoir donné envie de découvrir cette région ainsi que Clermont-Ferrand ou bien Clermont et Montferrand car ce n'est qu'un tout petit aperçu de ce que cette région peut offrir à ses visiteurs. Il reste à voir tant de châteaux, de musées,  de grottes, de sources chaudes, de chutes d'eau, ainsi que le plateau de Gergovie lieu de bataille d'un célèbre Gaulois !

 

Basilique Notre-Dame-du-Port

____________________________________________________

1 Catherine de Médicis hérite du comté en 1524. L'Auvergne retourne dans le domaine royal en 1527. Catherine de Médicis, profite de sa position de Reine de France pour faire entrer la seigneurie de Clermont dans ses biens.

2 En architecture il existe trois ordres : dorique, le plus ancien et le plus simple, ionique son chapiteau est formé de volutes qui vont vers l'intérieur, et corinthien le chapiteau est composé de feuilles d'acanthe et celles-ci partent vers l'extérieur