Ce Généathème me fait penser immédiatement à mon "Premier Poilu", Émile Lucien CHOPARD, mon arrière-grand-père, le  père de ma grand-mère paternelle, dévoilé par hasard et découvert tard, très tard dans ma vie. C'est grâce à mon intérêt pour la généalogie que j'ai fait sa connaissance.

Avec lui, j'ai commencé à me familiariser avec les registres matricules, les Journaux des Marches et Opérations. La Première Guerre Mondiale, c'est le  souvenir de cours d'histoire : la mobilisation générale, les grandes batailles, Verdun, la Somme, l'Artois, le Chemin des Dames. Au travers de mes recherches j'ai découvert l'autre face, la face cachée, celle des récits, celles des familles meurtries. L'horreur de la Guerre !

© Livret de famille - Marielle Chauvin

"Mort pour la France"… Mention marginale dans un livret de famille, celui de mes arrière-grands-parents, mention aussi dans son acte de naissance… Pourquoi ma grand-mère ne m'en jamais parlé ? Pourquoi ce silence ? Certainement trop de douleur. Alors je me suis penchée un peu plus sur ces quatre mots. Je n'ai pas pris le chemin traditionnel, pas de feuillet matricule, d'emblée, je me suis rendue sur le site "Mémoire des Hommes", où j'ai trouvé sa fiche SGA : "Soldat de 2de  classe – 204ème Régiment d'Infanterie, Mort pour la France le 15 mai 1915 à Bully-Grenay, Pas de Calais". Il a trente-trois ans et est père de trois filles… A cette époque, la mise en ligne des Journaux des Marches et Opérations ou J.M.O. n'est pas encore effectuée. La fiche matricule de mon aïeul me permet de découvrir la citation, qu'il a reçu et parue au Journal Officiel en date du 14 octobre 1919.

Après la mise en ligne de ces JMO, j'ai consulté celui du 204ème R.I. à la date du 15 mai 1915 pages 90 à 95 inclus. Il n'est pas possible de rester insensible à la lecture - Le régiment doit se trouver le 15 mai à 10 heures à Aix-Noulette, Pas-de-Calais. Les sections se regroupent à 11 heures au lieu-dit quand un nouvel ordre tombe : Le 204ème doit se rendre en soutien d'Aix-Noulette à Bully-Grenay dont l'objectif est l'attaque de "L'ouvrage blanc". L'histoire va s'écrire… Un horaire inconnu, une mauvaise préparation et malgré un assaut mené bravement par les chefs de deux Compagnies du 204ème cela ne suffit pas à les protéger d'un feu violent qui brisa l'élan de ces unités les obligeant se replier. Je cite "L'action fut courte et les pertes sérieuses puisque le 204è qui a engagé 2 Cies a eu 99 hommes hors de combat"

L'officier rédacteur termine son rapport avec l'"État nominatif des officiers, sous-officiers et soldats tués, blessés, prisonniers ou disparus à l'attaque de "L'ouvrage blanc" sous-secteur d'Angres le 15 mai 1915". Émile Lucien CHOPARD est le dix-huitième dans la liste…

Au cours de mes recherches, je me suis attachée à rechercher les "Poilus" de notre généalogie, j'ai donc complété les fratries, avec plus ou moins de difficultés et retracé leur parcours. Émile Lucien CHOPARD a deux frères : Louis Victor et Paul.

Louis Victor CHOPARD, de la classe 1908, est de santé fragile, réformé temporairement le 23 décembre 1915 pour d'une dyspepsie1 chronique contractée en service, il passe en service auxiliaire le 14 mars 1916 pour cardiopathie et est affecté à la 22ème section des Commis et Ouvriers militaires d'Administration ou C.O.A. Ces commis sont chargés de tâches administratives et de l'intendance aussi bien les alimentaires que l'habillement… Plusieurs commissions le réforment en raison de sa santé et le déclarent inapte définitivement le 20 décembre 1917. Louis Victor décède à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière en 1928. Est-ce la conséquence de ces problèmes de santé ?

Paul CHOPARD, de la classe 1912, incorporé le 8 octobre 1913, rejoint le 119ème Régiment d'Infanterie, qui, à la date du 20 juin 1915 se trouve dans le secteur d'Aix-Noulette-Souchez. Paul est tué dans la nuit du 20 juin 1915. Mort Pour la France. Le régiment compte trente-huit tués, cent-six blessés, treize disparus… J.M.O. p26.

Émile et Paul sont morts à trente-sept jours d'intervalle.

Ma branche bretonne, par mon grand-père paternel, n'est pas en reste, le 1er août 1914, venue grossir les rangs des Poilus, mon grand-père, alors âgé de onze ans, voit son père et ses quatre oncles répondre à l'ordre de mobilisation. Ces cinq Bretons, reviendront tous mais avec des parcours bien différents.

Jacques Marie LUCAS, de la classe 1889, a quarante-six ans. Mis à la disposition des armées et mobilisé le 16 avril 1915, il rejoint le  86ème Régiment d'Infanterie Territoriale de Quimper et part au front du 15 mai 1915 au 30 novembre 1918.

Michel Marie LUCAS, mon arrière-grand-père, classe 1893, est âgé de quarante-et-un ans lors de sa mobilisation au 85ème Régiment d'Infanterie Territoriale. En campagne contre l'Allemagne du 3 août 1914 au 30 décembre 1918. Le 29 mai 1916, à vingt-deux heures, conduisant la voiture à eau au 118ème R.I., près de Moulin, Aisne, les chevaux pris de panique s'emballèrent. La voiture se renversa, roulant sur son bras gauche le fracturant, et le blessant légèrement à la jambe gauche. Évacué le 2 juin 1916, il sera de nouveau envoyé en renfort le 6 janvier 1917 et libéré le 30 décembre 1918.

Yves Marie LUCAS, classe 1896, trente-huit ans, 52ème R.I. Territoriale, part du 29 août 1914 au 12 janvier 1919.

Ces trois hommes ont chacun rejoint un Régiment d’Infanterie Territoriale, ou R.I.T. C'était une formation militaire composée des hommes âgés de 34 à 49 ans, considérés comme trop vieux et plus assez entraînés pour intégrer un régiment de première ligne d’active ou de réserve. Les régiments ne coopèrent pas aux opérations en rase campagne ; le plan de mobilisation ne le prévoit pas, et ils ne sont pas outillés pour prêter leur appui aux régiments actifs.

Toutefois les R.I.T. des régions du Nord et de l’Est se trouvent engagés d’emblée dans la bataille pour défendre leurs villes et leurs  villages. De plus, dès la fin août 1914, les plus jeunes classes de ces R.I.T. sont intégrées dans des régiments d'infanterie d’active et de réserve pour compenser les pertes.

Les régiments territoriaux sont initialement prévus pour assurer un service de garde et de police dans les gares, les villes, les frontières, sur les voies de communication, à l’occupation et à la défense des forts, des places fortes, des ponts et autres lieux sensibles. Ils se trouvent, par suite des circonstances, engagés dans la bataille ou avec une participation indirecte dans les combats.

Les territoriaux effectuent de la même manière divers travaux de terrassement, de fortification, de défense, entretien des routes et voies ferrées, creusement et réfection de tranchées et boyaux.

Jean-Marie LUCAS, classe 1904, trente ans, marié, un enfant né en 1909. Parti le 5 août 1914 et  blessé le 27août 1914 à Sailly-Saillisel, Somme, d'une balle dans la cuisse

Fiche CICR

gauche, il est évacué vers l'hôpital d'Arras, Pas-de-Calais. Fait prisonnier le 8 septembre 1914, sa captivité se déroule à Münster, en Allemagne. Un communiqué est envoyé à sa famille le 5 décembre 1914. Jean-Marie est rapatrié le 22 décembre 1918. Sur le site du Comité International de la Croix-Rouge, C.I.C.R. j'ai pu trouver dans la rubrique "Prisonniers de la Première Guerre Mondiale" la fiche de Jean-Marie ainsi que le  rapport, pages 32 à 54, de Monsieur A.EUGSTER, conseiller national, faisant état de visites de dix-neuf camps de prisonniers en Allemagne dont Münster (page 59 et 60) entre le 22 février et le 11 mars 1915. Les prisonniers ont droit à trois couvertures mais se plaignent du manque de nourriture. Des ateliers de cordonnerie et tailleur d'habits sont installés, ceux qui y travaillent ont droit à du pain et une saucisse en supplément. L'hygiène : douches et bains deux fois par semaine. Les prisonniers sont employés aux travaux et aussi "occupés" dans les mines de charbon et de minerai. Ils reçoivent un salaire, une partie est mise dans la caisse d'épargne ils toucheront le reste à leur libération.  Le camp dispose aussi d'un théâtre…                                                   

Corentin Marie LUCAS, classe 1909, vingt-cinq ans, mobilisé au 28ème Régiment d'Artillerie de Vannes, part le 7août 1914. Malade, il est évacué pour cause de fièvre typhoïde en février 1915. Après une longue convalescence Corentin réintègre son régiment en octobre 1915 et  passe au 263ème Régiment d'Artillerie le 1er avril 1917, date de création de ce régiment. De nouveau évacué pour maladie (grippe, bronchite aigüe) sur l'hôpital auxiliaire de RIOM, Puy-de-Dôme, le 17 août 1918, il est démobilisé le 1er avril 1919. Sa santé restera fragile, souffrant d'emphysème pulmonaire,  bronchite chronique.

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1 Trouble fonctionnel de la digestion