Dans mon précédent article, j'ai évoqué la mémoire de mes Poilus par ma branche paternelle. Du côté maternel, la liste est moins longue, mon grand-père et ses deux frères sont mobilisés.

Charles Auguste Alphonse JEANNE, de la classe 1907, mon grand-père, est classé dans l'affectation spéciale 4ème section des Chemins de Fers de Campagne "Subdivision complémentaire" : il est poseur à Villers-Bocage, Calvados, du 5 juin 1914 au 2 septembre 1914. Il rejoint son régiment, le 3ème Escadron du Train, le 15  septembre 1914, et part au front le 18 novembre 1914. Affecté au 43ème Régiment d'Artillerie. Le 24 décembre de la même année, au bout de quarante-cinq jours il est envoyé en renfort à Bourges, Cher. Le 24 mars 1916 Charles intègre le 35ème R.A. jusqu'en octobre 1916, à cette date Il est remis à disposition des Chemins de Fer de l'État, dans la même situation qu'au début de la guerre "classé affecté spécial, 4ème section des Chemins de Fer de Campagne, subdivisons complémentaires".

Alfred Jules François JEANNE, de la classe 1914, est incorporé au 26ème  R.I. Ce régiment, après avoir participé à plusieurs grandes offensives telles que l'Artois, La Champagne, 1915, Verdun, 1916, est envoyé dans la Somme pour prendre part dans les rangs du 20ème Corps d'Armée, à la grande offensive franco-britannique qui est déclenchée le 1er juillet 1916 à 7h30. Nommé "Soldat de 1ère Classe" le 18 juillet 1916, Alfred est blessé le 30 juillet suite à l'attaque sanglante de Maurepas. Deux compagnies se couvrent de gloire, les 9ème et 10ème malgré des tirs effroyables. Les 2ème et 3ème bataillons après avoir remporté un magnifique succès le 1er juillet sont décimés. Alfred succombe à ses blessures le 31 juillet 1916, il est Mort pour la France

Monument aux Morts - Villers-Bocage -Calvados

Edmond Pierre Célestin JEANNE, de la classe 1918, incorporé le 17 avril 1917, reste muté aux services intérieurs jusqu'en septembre 1917. Affecté au 83ème Régiment d'Artillerie Lourde, il est au front entre le 8 septembre 1917 et le 22 octobre 1918 date à laquelle Edmond est évacué pour maladie. Nommé  1er canonnier le 28 août 1919 et démobilisé le 23 octobre 1919.

Du côté de ma grand-mère maternelle, aucun homme pour prendre part au combat : tous ses frères sont décédés en bas âge et ses oncles trop âgés pour être mobilisés !

Le destin est drôlement fait, des fratries entières se sont vues mobilisées. Certains ne sont pas revenus. Je me suis souvent demandé comment mon arrière-grand-mère, Amélie LETAILLEUR, épouse d'Émile a pu surmonter ce deuil. Comment les parents d'Émile et Paul ont pu accepter l'inacceptable ? Perdre deux fils sur trois… Louis Victor, est resté avec une santé défaillante qui l'emporta en 1928. Parmi ces soldats bretons, tous sont rentrés ou presque, la guerre a pris le fils unique de Jacques Yves : Jacques Corentin Marie, de la classe 1916, jeune caporal  au 73ème R.I. 3ème Cie, âgé de vingt-deux ans, mobilisé le 8 avril 1915, blessé et évacué le 3 juin 1918 il décède le même jour, Mort Pour la France.Jacques Corentin Marie est cité à l'ordre de la 51ème Division N°121 du 17 août 1917 : "Jeune soldat d'une conduite exemplaire le 6 août 1917 pendant la relève de sa section est resté volontairement avec son sergent pour transporter les blessés sous un violent bombardement".

Ces hommes, ces frères, ces compagnons d'armes qui reviennent les mémoires chargées de visions insoutenables, de blessures, d'enfermement. Ces destins brisés, ces familles meurtries… Je comprends que les voix s'éteignent et ne souhaitent pas évoquer cette guerre. Malgré les citations et les médailles certains ne sont pas rentrés dans leurs familles.