Nos aïeux entretenaient un rapport avec la religion plus intense que nous. Leurs vies étaient régies par la religion de la naissance à la mort. Leurs journées rythmées par la religion. La mesure du temps : la religion. Les heures sonnées par les cloches, les messes, les fêtes sont autant de repères qui permettent l'écoulement du temps. Chaque instant de la vie à son sacrement. Le premier et peut être le plus important est le baptême puisqu'il permet de recevoir l'amour de Dieu et de devenir un chrétien en puissance.

 Le Baptême

Dans notre famille, la tradition veut que nous soyons baptisés. Nous avons reçu ce premier sacrement, en majorité, au cours de notre première année de vie. Nous sommes loin des trois jours préconisés au temps de nos ancêtres. Le baptême est le premier des sept sacrements.

© Photo de famille

Pour bien comprendre l'importance de ce sacrement il faut se rappeler de la définition du baptême. Étymologiquement, le terme « baptême » vient du grec "baptizein" et signifie plonger, immerger. Il était déjà pratiqué, dans certains courants du judaïsme, comme moyen de purification rituelle. Plus tard, c’est Jean le Baptiste qui l’a administré en signe de conversion.

Depuis l’origine de la chrétienté, la pratique du baptême, qui symbolise la vie en Jésus-Christ, est une des caractéristiques des Églises chrétiennes.

Au IVème siècle les nouveau-nés ne sont pas baptisés, seuls les adultes reçoivent le sacrement du baptême. "On ne naît pas chrétien, on le devient" affirme Tertullien[1], père de l'Église. Premier sacrement de l'initiation chrétienne, le baptême est un moment essentiel de la vie d'un chrétien. Nous sommes nés charnellement sans l'avoir décidé, nous sommes invités à renaître spirituellement.

Cette renaissance passe par un plongeon dans l'eau baptismale, et dans l'amour du Christ qui rétablit une relation juste avec Dieu le purifiant du péché originel.

A partir du XIIème siècle les baptêmes ont lieu deux fois par an, la veille de Pâques et la veille de la Pentecôte. L'immersion est délaissée au profit de l'aspersion. A partir du Concile de Trente[2] les enfants doivent être baptisés dans les trois jours après la naissance sous peine d'excommunication[3].

L'enfant doit être baptisé coûte que coûte, qu'il neige, qu'il vente par tous les temps, langé et emmailloté, il est mené sur les fonts baptismaux. La mortalité infantile est très élevée, si l'enfant donne des signes de fragilité, il peut être ondoyé par la sage-femme ou bien par une personne habilitée et connaissant le rituel. Il faut lui garantir le paradis ; si par malheur il décède sans avoir reçu ce sacrement il est condamné à errer dans les limbes, lieux pires que les enfers et il est inhumé en terre non consacrée, en dehors du cimetière paroissial. Alors on cherche le moindre souffle de vie chez cet enfant en péril, le baptême est plus important que sa vie puisque ce sacrement efface le péché originel. Ce nouveau-né peut être mené à l'église ou dans une chapelle du voisinage dans l'espoir de retrouver la vie, le temps d'être baptisé. Ce "miracle" n'étonne personne tant cet acte est primordial. Un semblant de souffle, un tressaillement suffisent… L'enfant est alors baptisé "sous condition". 

Seringue baptismale - Source : Wikimedia Commons -

Le baptême intra-utérin peut être aussi préconisé. Lors de difficultés au cours de l'accouchement, grâce à un instrument, le médecin accoucheur, de préférence, ou la sage-femme introduit une sorte de seringue que l'on remplit d'eau bénite… L'enfant est une nouvelle fois "sauvé"…. Il ira au paradis et priera pour ses parents…. 

Le nouveau-né n'est pas responsable des péchés de ses parents, c'est pourquoi, qu'il soit légitime ou non, il est et doit être baptisé. Bien que baptisé, l'enfant illégitime, reste le fruit du péché et donc rejeté par la société, mis en infériorité sociale.

Le choix du parrain et marraine et des prénoms

Au Moyen-Âge, l'enfant à plusieurs parrains et marraines, souvent le garçon a deux parrains et une marraine, la fille un parrain et deux marraines. Le Concile de Trente interdit cet usage mais il perdure jusqu'au premières décennies du XVIIème siècle. Il n'est pas rare de croiser ce fait dans les registres de baptême de cette époque.

Les parrains et marraines sont choisis souvent dans le cercle restreint de la famille. Mais il peut aussi s'agir de personnes influentes de la région. Souvent l'enfant porte le prénom du parrain pour le garçon ou de la marraine pour la fille. Dans certaines régions, notamment dans le sud-ouest, il est coutume que le parrain du premier enfant soit son grand-père paternel dont il portera le prénom, si c'est un garçon, sa marraine est sa grand-mère maternelle Si c'est une fille, elle porte le prénom de sa grand-mère maternelle. Le second enfant  a pour parrain le grand-père maternel et pour marraine la grand-mère paternelle, le choix du prénom se fait de la même façon. Bien entendu il faut que les grands-parents soient toujours de ce monde… Dans tous les cas ce détail à son importance, pour nous généalogistes, cela peut être une indication fort utile en cas de registres perdus…

 Il n'est pas rare aussi de trouver plusieurs enfants portant le même prénom dans une fratrie, il peut s'agir, par ce biais, d'honorer un membre de la famille. Le prénom est un héritage : celui d'un parent, d'un parrain ou d'une marraine ou bien d'un précédent enfant mort en bas âge. Lors de mes premières recherches généalogiques, sans connaissance de toutes ces coutumes, je me suis trouvée confrontée à cette dernière situation. Mon regard porté sur le prénom de cet enfant décédé et donné au suivant un an après m'a surprise, j'y ai vu le poids de ce que cela pouvait représenter sur l'enfant qui vient de naître…  

Le choix du parrain et de la marraine est aussi stratégique. Le milieu familial d'un compère ou d'une commère protège l'enfant du point vu social que l'on vise à maintenir ou élever. Le prestige d'un parrain ou la respectabilité de la marraine honore la famille et assure l'avenir du filleul. Ces notions sont très importantes jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.

L'acte de baptême est important, "carte d'identité" de l'enfant, il le suivra tout au long de sa vie. Les informations contenues dans cet acte peuvent être succincts, au XVIIème seuls les noms du père et des parrain et marraine sont inscrits. Par la suite, si le curé n'est pas avare d'écriture, l'acte de baptême peut être une mine d'informations : 

  • Date du baptême
  • Nom et prénom de l'enfant,
  • Date et lieu de naissance,
  • Noms des parents, des parrain et marraine,
  • Parfois le nom de l'époux de la marraine est mentionné,
  • La parenté des parrain et marraine avec l'enfant si elle existe,
  • Parfois l'âge des parents est mentionné. 

Comme vous pouvez le constater, l'acte de baptême est très important dans la vie de nos ancêtres. Il régit leurs parcours religieux, nécessaire pour le sacrement de la confirmation, obligatoire pour son mariage, il leur permet de vivre en bons chrétiens et d'être reconnus par leur environnement social.

 



[1] Quintus Septimius Florens Tertullianus, dit Tertullien est un écrivain de langue latine issu d'une famille berbère, romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme à la fin du IIe siècle et devient la figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Source Babelio

[2] Concile de Trente : Le concile de Trente est le dix-neuvième concile œcuménique reconnu par l'Église catholique. Convoqué par le pape Paul III le 22 mai1 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la réforme protestante, il débute le 13 décembre 1545 et se termine le 4 décembre 1563.

[3] Excommunication : Censure ecclésiastique par laquelle quelqu'un est exclu de la communauté des fidèles.