Histoire

Chapelle expiatoire - Photo MLCGénéalogie

Au cœur d’un petit square encadré par de hauts immeubles, cerné par les rumeurs de la ville, loin du regard des passants et bordé de plantations qui semblent plutôt la dissimuler, la Chapelle expiatoire, ce monument dédié au souvenir de l’exécution de Louis XVI et Marie-Antoinette apparaît comme un vestige du passé… 

Cette Chapelle située non loin de la gare Saint-Lazare, proche du boulevard Haussmann, est classée monument historique depuis 1914.

Dès 1814, lorsque l'Empire s’achève et que la monarchie se rétablie, Louis XVIII s’attache à raviver la mémoire de la famille royale. La Chapelle est l’œuvre de l’architecte Pierre François Léonard FONTAINE, et a été érigée sur l’ancien cimetière de la Madeleine, entre 1815 et 1826, à la demande de Louis XVIII.

À cette époque, Paris compte déjà plusieurs centaines de lieux de sépultures essentiellement liés ou attenants à des églises. La paroisse Sainte Madeleine s’agrandit, le cimetière devient trop étroit, c’est sur ce constat qu’un terrain rectangulaire d’environ 45 m sur 19 m est acquis en 1721. Ancien potager du couvent des Bénédictines, situé à l’intersection de la rue d’Anjou et du Grand Egout, aujourd’hui le boulevard Haussmann. Il devient, le 9 mai 1722, le nouveau cimetière de la Madeleine.

Louis XVI et Marie-Antoinette sont liés à ce lieu par un funeste hasard. En effet ce nouveau cimetière entre dans l’histoire par l’inhumation d'une centaine de personnes mortes accidentellement au cours d'une bousculade générale lors du feu d’artifice donné place Louis XV, actuelle place de la Concorde, pour célébrer leur mariage en mai 1770.

Le cimetière transformé en charnier révolutionnaire

C’est la chute du roi qui décide du destin de ce petit coin de Paris et sa transformation en charnier révolutionnaire. La famille royale après sa tentative de fuite et l’arrestation à Varennes est consignée aux Tuileries. Lors de l’assaut du 10 août 1792, six cents Gardes Suisses sont tués, une partie est inhumée dans le cimetière de la Madeleine, suivis bientôt par leurs camarades emprisonnés puis tués lors des massacres de Septembre.

La condamnation de Louis XVI et son exécution le 21 janvier 1793 donnent un tour irréversible à la Révolution. L’intensification des procès et des exécutions avec la création, au printemps suivant, du Tribunal révolutionnaire, envoie à l’échafaud près de 2 800 personnes dont 1 119 sont guillotinées sur la place de la Révolution[1], aujourd’hui place de la Concorde. La guillotine fonctionnant à un rythme soutenu, la proximité du cimetière rend l’endroit idéal pour y entasser les corps. Tout comme Charlotte CORDAY, Olympe de GOUGES, rédactrice de la fameuse Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, la comtesse Jeanne du BARRY, ancienne favorite de Louis XV, Madame ROLAND, égérie du mouvement girondin, Louis Philippe d’Orléans dit Philippe Égalité[2], Louis XVI et Marie-Antoinette sont inhumés dans le cimetière de la Madeleine.

Un des derniers à être enseveli dans ce lieu avec ses coaccusés est Jacques René HEBERT, journaliste ultra-révolutionnaire fondateur du " Père Duchesne" le 24 mars 1794 veille de la clôture du site.

La fermeture du cimetière devient une nécessité. Hormis le fait qu’il soit plein, l’entassement des corps, les odeurs en émanant, ainsi que les plaintes des habitants obligent à prendre des mesures. Le 26 février 1794 la décision est prise de le fermer pour des raisons de salubrité. Les charrettes continuent leur triste labeur jusqu’au 25 mars 1794. Il est remplacé par le cimetière des Errancis, ou cimetière des estropiés, du nom de la rue le bordant. Disparu aujourd’hui on peut le situer au carrefour des rues du Rocher et Monceau.

Cimetière de la Madeleine 1814 - Editions du Patrimoine

C’est un magistrat royaliste, Pierre Louis Olivier DESCLOZEAUX, qui achète le cimetière en 1802. Il habite une maison voisine et a noté l’endroit exact où sont inhumés Louis XVI et Marie-Antoinette. Il clôture le terrain par des murs, fait planter des cyprès. Le lieu reste fermé jusqu’à la Restauration.

Quand Louis XVIII lance des recherches, pour retrouver les corps du roi et de la reine, Pierre Louis Olivier DESCLOZEAUX est à même

Photo MLCGénéalogie

d’indiquer leurs emplacements. Le corps de Marie-Antoinette est exhumé le 18 janvier 1815, celui de Louis XVI le lendemain. Ils sont mis en bière et transportés à Saint-Denis.

Marie-Antoinette et Louis XVI ont reposé au cimetière de la Madeleine durant 21 ans. 

Louis XVIII rachète le terrain, la décision d’édifier une chapelle est promulguée le 19 janvier 1815. Deux jours après, pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI, la première pierre est posée. C’est seulement un an plus tard, le 12 janvier 1816, que les plans sont réalisés par Pierre François Léonard FONTAINE assisté de Louis Hippolyte LE BAS. Les travaux de La Chapelle expiatoire débutent la même année. Elle est consacrée le 20 janvier 1824, la première messe de requiem le 21 janvier 1824. Malgré le décès de Louis XVIII, le 16 septembre 1824, les travaux de la décoration intérieure sont poursuivis et se terminent sous le règne de Charles X en 1826. La Chapelle est placée à l’endroit même où les corps ont été découverts.

En consacrant le lieu d’inhumation de Louis XVI et Marie-Antoinette par l’érection d’un monument, la Restauration choisit de privilégier l’expiation d’un régicide et non la mémoire des victimes de la Révolution malgré leur grand nombre qui représente à peu près un cinquième des condamnés parisiens, environ la moitié de ceux qui périrent sur la place de la Révolution.

Un monument controversé

Plusieurs fois menacé de démolition l’édifice est perçu comme la survivance de l’Ancien Régime et la Chapelle devient un enjeu politique et soulève les passions.

Après la Révolution de 1830, la chute de Charles X, le monument perd en éclat.

  • La Monarchie de juillet 1831 fait retirer les fleurs de lys, deux drapeaux tricolores sont posés à l’entrée.
  • En 1833, l’abrogation de la loi de 1816, qui porte sur les cérémonies du souvenir, met un frein à l’entretien du monument.
  • En 1852, l’édifice passe sous le contrôle du service des bâtiments de la Maison de l’Empereur. Des réparations sont effectuées.
  • En 1854, l’aménagement du quartier de la Madeleine, sous l’impulsion du Baron HAUSSMANN, débute.
  • En 1862, les cyprès sont abattus, un square est aménagé autour des murs extérieurs du monument.
  • Durant la Commune de Paris, la Chapelle est pillée et condamnée à la démolition par arrêté du Comité de salut public. Le temps fait défaut pour exécuter la sentence.
  • Entre 1882 et 1888, sous la IIIème République, ce qui passe comme un emblème de l’Ancien Régime et une insulte à la France républicaine, se trouve encore au cœur des débats. De nouveau sa démolition devient le sujet du Parlement.
  • En 1883, le dernier chapelain chargé de prononcer les messes décède. Il n’est pas remplacé.

Longtemps boudée pour des raisons politiques, la Chapelle expiatoire l’est aussi d’un point de vue architectural. Le manque d’intérêt pour la production artistique du début que XIXème siècle mais aussi le manque d’enthousiasme des historiens pour ce lieu plonge la Chapelle dans l’oubli. A la veille de la Première Guerre Mondiale, son entrée, le 22 juillet 1914, parmi les monuments historiques, protège la Chapelle expiatoire mais la laisse méconnue pour de longues années…

 



[1] Au moment de la Révolution la place Louis XV est rebaptisée place de la Révolution

[2] Louis Philipe d'Orléans dit Philippe Égalité est le cousin de Louis XVI