Il est dommageable, au XXIème siècle, d'être toujours obligé de commémorer les droits de la "femme" au travers d'une journée internationale. Mais dans notre société gouvernée, principalement par la gente masculine, il faut bien l'avouer, la voix féminine est toujours peu entendue. Cette journée internationale met en avant la lutte pour les droits des femmes et aussi dans certains pays, comme la France, la réduction des inégalités.

Tout cela fait un peu sourire, quand on pense qu'en France, pays des droits de l'Homme…Les femmes n'ont obtenu le droit de vote qu'en 1944 et ne purent l'exercer que dès 1945 alors qu'en Nouvelle-Zélande ce droit existe depuis 1893[1]. Que les femmes mariées ont obtenu l'autorisation d'ouvrir un compte en banque, de signer un contrat de travail sans le consentement de leur époux grâce à la loi du 13 juillet 1965. Cette même loi adopte la réforme des régimes matrimoniaux en introduisant la communauté réduite aux acquêts qui devient le régime légal en l’absence de contrat de mariage. Selon ce régime, chaque époux conserve la faculté d’administrer les biens qui lui sont propres avant le mariage, ainsi que ses revenus personnels.

"Le code civil français de 1804, qui a inspiré de nombreuses démocraties, est une catastrophe pour les femmes. Le Code Civil des Français, dit « Code Napoléon », inscrit l’enfermement des femmes au sein de la famille. Considérées comme des mineures, elles sont soumises, jusqu’en 1970, à l’autorité du père et du mari. Le code civil consacre ainsi l’incapacité juridique totale de la femme mariée qui est considérée comme une éternelle mineure (majeure seulement pour ses fautes) :

  • Interdiction d’accès aux lycées et aux universités ;
  • Interdiction de signer un contrat, de gérer ses biens ;

    code napoléon

  • Exclusion totale des droits politiques ;
  • Interdiction de travailler sans l’autorisation du mari ;
  • Interdiction de toucher elle-même son salaire ;
  • Contrôle du mari sur la correspondance et les relations ;
  • Interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation ;
  • Répression très dure de l’adultère pour les femmes ;
  • Les filles-mères et les enfants naturels n’ont aucun droit.

Napoléon définit sans ambiguïté la place de la citoyenne dans la société à l’article 1124 de ce monument de misogynie qu’est le code civil : Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux.

L’enfant appartient au mari de la femme comme la pomme au propriétaire du pommier. […] La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants ; elle est sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier (Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène). Bref, La femme et ses entrailles sont la propriété de l’homme, il en fait donc ce que bon lui semble (Code Napoléon).

Il faut ensuite ajouter :

  • 1810 : le « devoir conjugal » est une obligation (il n’existe pas de viol entre époux) 
  • 1816 : en prime pour toutes et tous, l’interdiction de divorcer !

L’incapacité civile des femmes ne sera levée qu’en 1938, soit plus d’un siècle plus tard." [2]

« Le code civil français de 1804, qui a inspiré les droits civils dans de nombreuses démocraties, rédigé sans que les femmes aient leur mot à dire, a ensuite fait de la femme mariée une “mineure civile” — de la célibataire une étrangeté. Cette inégalité des personnes en vertu du sexe déclaré à l’état civil, a été à l’origine de mouvements, qui à partir de la fin du XIXe siècle, ont été désignés sous le terme de féministes. Les luttes issues de ces mouvements ont, progressivement, fait reculer la domination masculine dans le droit. »[3]

Il faut souligner que ces limites sont principalement imposées aux femmes mariées. Il vaut mieux être une femme célibataire ou veuve, non remariée, puisque celles-ci peuvent régler leurs affaires comme elles l'entendent.

Quelques dates importantes dans cette lutte, certaines permettant aux femmes d'acquérir de nouveaux droits :

  • 1910 : Conférence de Copenhague organisée par Clara ZETKIN, journaliste, et femme politique allemande, qui propose d'organiser la Journée Internationale des Femmes afin d'obtenir le droit de vote.
  • 3 mai 1913 : Les Américaines manifestent à Washington afin d'obtenir le droit de vote.
  • 1917 : La féministe pacifiste Hélène BRION, institutrice, est arrêtée et condamnée en Conseil de Guerre pour "défaitisme".
  • 1920 : L'assemblée Nationale vote une loi interdisant l'avortement et la contraception.
  • 4 juin 1970 : Loi supprimant la notion de chef de famille pour l'autorité parentale conjointe.
  • 8 mars 1972 : Décret réglementant la fabrication et la prescription des contraceptifs.
  • 11 janvier 1975 : Le divorce par consentement mutuel est de nouveau autorisé. Voté en 1792 par la Convention il n'était plus possible depuis 1816. L'adultère n'est plus un délit. La femme n'est plus obligée de suivre son mari s'il change de résidence.
  • 17 janvier 1975 : Loi autorisant l'avortement dite loi VEIL.
  • 8 mars 1977 : les Nations Unies officialisent la Journée Internationale des Femmes.
  • 8 mars 1982 : la France reconnait officiellement la Journée Internationale de la Femme…

La condition féminine est une lutte quotidienne et perpétuelle : travailler pour un salaire égal, bénéficier des mêmes droits que les hommes dans le monde ne devraient pas se résumer à la seule date du 8 mars. Une pensée pour Olympe de Gouges, qui a rédigé la Déclaration de la femme et de la Citoyenne. D'abord connue en tant que femme de lettres antiesclavagiste, Olympe de Gouges, sera reconnue comme "féministe" seulement au XXème siècle. Sa "Déclaration" acquiert très progressivement le statut de symbole fondateur, incontournable, et son auteure est désormais une icône du féminisme.[4]

 


[2] Article extrait du site 8 mars/info

[3] Françoise Gaspard, Les enjeux internationaux de la parité, 2000

[4] Dictionnaire des féministes – Christine DARD – Sylvie CHAPERON

Pour en savoir plus : Le Code Napoléon, charia catholique du patriarcat gréco-romain – Histoire du droit des femmes. Mouvement Matricien.