© Photographie MLCGénéalogie - Sépulture S.P.

Derrière une épitaphe se cache un être qui a quitté ce monde pour peut-être en rejoindre un meilleur. Que savons-nous de cette âme ? Peu de chose, la pierre tombale indique son nom, ses années de naissance et de décès, quelquefois les dates exactes de sa venue au monde et de sa disparition. Une photographie peut être incrustée en médaillon. Chaque défunt à une histoire, courte ou longue, heureuse ou malheureuse. Lorsque nous sommes devant une sépulture, rien ne transparaît. Est-ce une mort naturelle ? un accident… ? Seule la mémoire familiale le sait ou bien la mémoire collective.

Montabard (Orne), jeudi 1er juin 1950, le jeune Serge PENNEQUIN, à peine six ans, joue tranquillement. Depuis quelques temps il réside dans ce village, en compagnie de sa sœur aînée, Stella et de ses parents Raymond, maçon, et Stamoura, qui s'occupe de son ménage. Dans quelques temps il sera grand-frère, la naissance est prévue dans les prochains jours.

Robert RIGOT est revenu dans ce village depuis quelques jours. Malgré les avis défavorables de la direction de l’Assistance Publique et de l’asile psychiatrique dans lequel il est interné, mais suivant la réglementation, Robert sort de l’institut le jour de sa majorité, le 25 mai 1950, âgé de vingt-et-un ans. C’est alors qu’il décide de retourner dans ce petit village où il a reçu de la tendresse et de l’affection. Sa mère nourricière, malgré toute la réserve qu’elle peut avoir, ne se résout pas à le laisser à la rue. Robert assure qu’il cherche du travail et que son hébergement ne sera que temporaire.

Robert RIGOT, naît le 25 mai 1929 à Saint-Maurice-les-Charançay (Orne). Confié à l’Assistance Publique à l’âge de sept ans, il est placé en famille d’accueil. Robert fugue régulièrement, après plusieurs placements et alors âgé de onze ans environ, il est confié à une famille qui réside à Montabard. Dans ce nouveau foyer, Robert reçoit de l’affection, va à l’école, et malgré la tendresse qui lui est témoigné, cet enfant perturbé et faible d’esprit, continue de multiplier les mauvais tours et les fugues. La famille prend la décision de ne pas le garder.

Vers l’âge de dix-huit ans Robert s’engage dans l’armée mais sera réformé. Il est vu à Lisieux, Rouen, arrêté pour vagabondage, il fait de la prison, puis est interné en institution spécialisée. 

Ce jeudi 1er juin donc, Serge joue tranquillement, quand Robert propose à la mère de l’enfant de l’emmener avec lui couper de l’herbe pour les lapins. Un autre garçonnet est présent, Alain, âgé de deux ans et demi, la mère du petit refuse que Robert l’emmène aussi. L'enfant est trop jeune et Robert ne lui inspire pas confiance. La maman de Serge n’est pas sereine, mais laisse malgré tout son fils partir avec lui…

Tous deux s’éloignent vers un lieu-dit nommé Crélu, à un kilomètre approximativement. Une heure plus tard environ, Robert revient seul. Stamoura s’inquiète : "Où est Serge ? " lui demande-t-elle ? "Là-bas, au bois, il cueille des fleurs…" Il s’adresse alors à Stella, la sœur aînée de Serge et lui demande de l’accompagner pour chercher son frère.

La fillette part avec lui, arrivés au bois, il s’adresse à Stella : "Va voir là-bas… Serge y est peut-être… " L'enfant fait quelques pas et découvre avec effroi son jeune frère sauvagement mutilé. L’alerte est donnée par la mère nourricière de Robert, qui inquiète et en proie à un mauvais pressentiment, suivait l’enfant et le jeune homme à distance.

Les gendarmes sont dépêchés rapidement sur les lieux. Robert RIGOT est vite arrêté et avoue son crime. Emporté par une folie meurtrière, voulant violenter l’enfant celui-ci s’est débattu, s’est mis à crier en cherchant à s'enfuir. Robert le rattrape armé d’une faucille et égorge le jeune Serge.

Mes grands-parents étaient la famille d’accueil de Robert RIGOT. L’histoire du "Petit PENNEQUIN" a souvent été évoquée. Cette tragédie traumatisante a nourri un sentiment de culpabilité au sein de la famille, même si cela n’a jamais été clairement exprimé. Soixante-dix ans après ce drame, le petit Serge est toujours présent dans notre mémoire familiale.

Le "Petit Serge PENNEQUIN" repose dans le cimetière de Montabard.

Sources : Mémoire familiale - Rétronews : La Bourgogne Républicaine 3 juin 1950 - Qui ? 19 juin 1950 n° 407