A la recherche de coupables, deux boucs émissaires sont visés : le projectionniste en titre Monsieur BELLAC assisté par Monsieur Grégoire BAGRACHOW, aide-projectionniste. Au cours de l'enquête deux versions contradictoires sont avancées :

  • La première : Monsieur BELLAC, par manque de lumière, demande à son assistant Monsieur BAGRACHOW d'ouvrir le rideau, celui-ci aurait pris et craqué une allumette déclenchant l'incendie.
  • La seconde : L'aide-projectionniste explique qu'à l'ouverture du rideau Monsieur BELLAC lui aurait demandé de prendre des allumettes par manque de lumière.

Le fait est que c'est bien la friction de l'allumette qui provoque l'incendie.

Après l'enquête et l'interrogatoire des protagonistes, il s'avère que la personne reconnue responsable de ce drame est l'organisateur du Bazar de la Charité : le baron de MACKAU. Les mesures de sécurité qu'il aurait mis en place ne sont pas suffisantes au regard de la surface du hangar long de quatre-vingt mètres et large de treize mètres qui ressemble plus à un long couloir étriqué sans issue de secours.

Le baron de MACKAU n'est pas inquiété, seulement condamné à verser une somme dérisoire de 500 Francs. Quant aux deux projectionnistes, ils sont condamnés à des peines légères avec sursis grâce à leur comportement exemplaire au cours de l'incendie. Ils s'acquittent de 300 Francs d'indemnités pour l'un et 200 Francs pour l'autre.

Par la suite de nombreuses plaintes sont adressées au Procureur de la République pour essayer de faire condamner les hommes ayant molesté des femmes durant leur fuite. Aucune poursuite ne sera faite mais les salons mondains leurs fermeront leurs portes.

Historique de la catastrophe du Bazar de la charité - Jules HURET

Plusieurs souscriptions sont lancées, récoltant une somme de plus d'un million de francs pour aider, non pas l'aristocratie, mais les domestiques, les ouvriers intervenus lors de ce drame. Trois cents sauveteurs seront décorés, notamment Monsieur GEORGES, cocher, qui n'hésite pas à rentrer maintes fois dans le brasier pour sauver des vies. Il recevra pour son dévouement la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur ainsi que la Médaille d'or de 1ère classe.

 

 

Historique de la catastrophe du Bazar de la charité - Jules HURET

 

 

 

 

 

 

Le 21 mai 1897, l'ensemble des sauveteurs est remercié lors d'une cérémonie dans les salons de la place Beauvau, certains recevront la médaille d'or ou d'argent, d'autres la mention honorable.

Historique de la catastrophe du Bazar de la charité - Jules HURET

C'est l'occasion de grands discours pour mettre en avant la "valeur travail"… Le Directeur du Conseil Régional n'hésite pas en faisant cette déclaration : "Le problème n'est pas tant les classes sociales mais l'oisiveté… Les sauveteurs sont des travailleurs qui ont l'habitude d'œuvrer pour le bien d'autrui et cela prédispose à sauver d'autres personnes. Alors que l'oisiveté ne fait que penser à soi-même et donc quand il y a un incendie on détale en piétinant une femme par ci un enfant par-là !".

C'est dans cet axe social que s'annonce la fin de siècle. Dans ce drame, toutes les couches sociales sont touchées. Naît alors une sorte de fascination : "Tout le monde meurt ensemble, quand vient la mort il n'y a plus de classes sociales…" chante une des complaintes du Bazar de la Charité.

Le cinématographe, invention jugée comme "invention du diable" finit, sous la pression de l'aristocratie et la haute bourgeoisie qui fuient ce divertissement, par être interdit. Il devient une attraction de fête foraine ou de cirque et se déplace à la campagne.

L'invention des salles de cinéma est liée à cette catastrophe afin d'éviter de nouveaux drames. Il faudra attendre plusieurs années pour que le spectacle du cinématographe revienne dans les grandes villes et dans la capitale. Comme toute catastrophe, elle permettra de faire des avancées importantes quant aux mesures de sécurité et de réglementations : des salles dédiées au cinématographe seront ouvertes ; l'identification médicale se perfectionnera.

À cette époque Alphonse BERTILLON instaure, à la Préfecture de Police, les prémices de l'identité judiciaire en s'intéressant à l'examen du corps.

 

Chapelle mémorielle - Généanet

 Quelques temps après l'incendie, une grande souscription, lancée par l'archevêque de Paris, Monseigneur RICHARD, récolte des fonds. Ces dons aboutissent, un an plus tard, le 4 mai 1898, à la pose de la première pierre de la chapelle mémorielle. Monument de Consolation et de prières qui ne laisse rien paraître du drame. La chapelle est inaugurée le 4 mai 1900. Gravée, sur des plaques de marbre noir, la liste des victimes est rappelée dans la chapelle. Depuis, au 23 rue Jean-Goujon rien n'est venu troubler le lieu.

Les années suivantes d'importantes commémorations auront lieu à la date anniversaire de ce drame. Les ventes de charité continueront d'exister.

 

 

 

Documentations et sources : Histoire TV : Le Bazar de la Charité – Gallica : La catastrophe du Bazar de la Charité Jules HURET- Retronews