Parmi les nombreux sauveteurs qui ont œuvrés au cours de l'incendie le 4 mai 1897 au Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon, Jean-Baptiste Eugène GEORGES, âgé de trente-sept ans, cocher, s'est distingué à maintes reprises en bravant les flammes pour rentrer et aider ses pauvres gens à sortir de la fournaise.

Jean-Baptiste Eugène GEORGES est né le 28 décembre 1859 à Clichy, département de la Seine, aujourd'hui Clichy sur Seine, département des Hauts-de-Seine, fils de Joseph Jules, restaurateur, et de Félicie BERTOUT, aussi restauratrice mariés à Paris le 8 janvier 1859.

  • Joseph Jules GEORGES né vers 1826 à Louette Saint-Pierre - Gedinne - Belgique,  décédé le 26 février 1870 à Paris
  • Félicie BERTOUT née le 7 février 136 à Gedinne - Belgique,  décédée le 10 avril 1869 à Paris

L'interview parue dans journal Le Figaro du 13 mai 1897, indique qu'au moment des faits, Jean-Baptiste Eugène réside à Paris, au 33 rue du Champs-de-Mars. Il occupe une petite chambre modestement meublée au cinquième étage d'un petit hôtel. Son travail de cocher lui permet de subvenir à ses besoins : payer sa chambre d'hôtel ainsi que la pension de son fils en nourrice au 60 de la rue Roussin à Paris.

Grièvement blessé au bras droit, aux mains et au cou lors de l'incendie, Monsieur GEORGES est hospitalisé à l'hôpital Beaujon, malgré l'insistance du corps médical, il préfère rentrer chez lui. Pris d'une forte fièvre il sera soigné par l'hôtelier et ses voisins. Voilà neuf jours qu'il est obligé de rester chez lui. Monsieur GEORGES n'aspire qu'à guérir pour reprendre son travail et d'essayer d'oublier les cris déchirants de ces victimes qu'il a aidé à sortir de ce brasier. Il avoue avoir dû renoncer à une course d'un client qui voulait se faire conduire.

Le journaliste s'inquiétant de savoir s'il avait reçu une subvention, celui-ci lui répond qu'il n'a rien demandé mais que la Préfecture de police de Paris lui a versé la somme de cinquante francs. Le journaliste lui demande d'être patient et tient à le rassurer, la générosité des lecteurs du journal "Le Figaro" va lui permettre de subvenir à ses besoins….

Après le terrible incendie de la rue Jean-Goujon, qui a endeuillé Paris et la France, le temps des remerciements est arrivé.  Le 21 mai 1897, Jean-Baptiste Eugène GEORGES et tous les sauveteurs se rendent place Beauvau :  la République récompense ses sauveurs. Parmi tous ces personnes, qui écoutant leur courage, beaucoup ne sont que de simples ouvriers, pour certains un plombier, un professeur de gymnastique, une lingère, une religieuse… Tous se sont démenés pour porter secours à ces femmes, enfants et hommes se trouvant pris au piège. Certains mêmes ont été blessés. Ils sont trois cents à être reçus dans les salons du ministère. C'est Monsieur BARTHOU, Ministre de l'Intérieur, qui remet personnellement médailles et récompenses : comme à Monsieur PIQUET, ouvrier plombier âgé de trente-trois ans reçoit la médaille d'or de 1ère classe, Léon DESJARDINS, trente-et-un, ouvrier couvreur sans travail, miséreux qui a écouté que son courage et sauvé une quarantaine de femmes, reçoit la Médaille d'argent de 1ère classe. Le dévouement et la bravoure dont Jean-Baptiste Eugène GEORGES a su faire preuve lui octroient la médaille d'or de 1ère classe suivie de la plus haute des distinctions : La Croix de la Légion d'Honneur. Spectateurs, sauveteurs présents lors de cette réception acclament Jean-Baptiste Eugène. Un tonnerre d'applaudissement et des "Vive GEORGES" retentissent. Monsieur GEORGES s'avance timidement, reçoit la croix dont le ruban rouge tranche sur son costume couleur chamois… Monsieur BARTHOU remet aussi à Jean-Baptiste Eugène, à la demande du Ministre des Finances, "Une recette de buraliste[1]" qui selon ses mots "doit lui permettre de vivre honorablement et plus aisément que par le passé".

decret legion d'honneur

Jean-Baptiste Eugène GEORGES se marie à Orléans, Loiret, avec la Demoiselle Caroline BRUNNER le 15 juillet 1899 et exerce le métier de receveur buraliste. Tous deux résident rue Saint-Marceau à Orléans au numéro 139.

En 1901, le 31 janvier, Monsieur de RAMEL, député du Gard, adresse un courrier au Grand Chancelier de la Légion d'Honneur, courrier dans lequel il fait suite à une demande émanant de Monsieur GEORGES. Celui-ci étant dans une situation proche de la misère souhaite savoir, si dans le cadre de l'exercice de son métier de "vendeur des quatre-saisons", il peut porter la Croix de la Légion d'Honneur. La réponse faite à cette demande est qu'il n'existe aucun texte interdisant le port de cette décoration mais en respect, face au prestige de cette décoration, les intéressés eux-mêmes s'interdisent de la porter pendant l'exercice de leur profession.

Le 6 décembre 1910, le journal "Le Petit Parisien" annonce la mort accidentelle de Jean-Baptiste Eugène GEORGES, âgé de cinquante et un ans, survenue à Bordeaux le jour précédent. Entrain de "pêcher" du bois, Jean-Baptiste Eugène tombe dans la Garonne au lieu-dit "Le Raisin" et s'y noie.

deces JBE GEORGES 1910

Nous y apprenons qu'il travaillait pour la ville de Bordeaux depuis déjà quelques années, où il a été un temps gardien du jardin de la mairie puis cocher de fiacre dans la ville.

Le jour suivant, le Petit Parisien publie un article relatant les exploits de cet homme discret qui n'écouta que son courage le 4 mai 1897 pour secourir un maximum de personnes



[1] Recette de buraliste : Personne préposée à un bureau de paiement, de distribution, de recette, etc.  Les buralistes qui tiennent le bureau de tabac ou le bureau de poste.

 

Sources :

Dossier de la Légion d'Honneur de Jean-Baptiste Eugène GEORGES – Archives Nationales  LH/1116/41.

Retronews : Le Figaro 13 mai 1897.

La catastrophe du Bazar de la Charité - Jules HURET.